Le rôle du design dans l’entreprise – la vision de Françoise Darmon

Le rôle du design (ou « stylisme », selon le contexte, conformément à la recommandation du dispositif d’enrichissement de la langue française) dans l’entreprise a certes évolué mais il conserve les fondements chers à Françoise Darmon. En effet, malgré l’accélération des nouvelles technologies, le cœur philosophique du design théorisé par Françoise Darmon reste le socle immuable des entreprises qui réussissent. Les outils et la vitesse d’exécution ont muté, mais la finalité est restée identique.

La vision de Françoise Darmon dans son magnifique ouvrage intitulé « Du sens dans l’utile » s’applique parfaitement aux enjeux industriels et numériques de 2026 via trois piliers fondamentaux :

– La quête absolue de sens : l’objet ne doit pas seulement être fonctionnel ou technique, il doit répondre à un besoin culturel et sociologique profond.

Le duo indissociable « Décideur et Créateur » : le succès économique et artistique repose sur le dialogue direct et sans intermédiaire entre le dirigeant d’entreprise et le designer. Les entreprises les plus performantes ont sanctuarisé ce modèle.

L’entreprise comme acteur culturel de la société : l’entreprise porte une responsabilité majeure car les objets qu’elle produit façonnent notre environnement visuel et notre quotidien. A l’heure du tout numérique et des interactions virtuelles, cette responsabilité est décuplée. Le designreste le rempart éthique qui empêche la technologie de devenir déshumanisante.  

En 2026, la technologie exécute, mais le designdonne la direction. La leçon de Françoise Darmon reste d’une brulante actualité : pour être rentable et compétitive, une entreprise doit d’abord savoir parler à l’esprit et à la culture des individus.

1. Françoise Darmon, figure reconnue du conseil en design et en stratégie de création

Françoise Darmon incarne, depuis plusieurs décennies, une figure majeure et inspirante du design contemporain, dont l’influence rayonne bien au-delà des frontières traditionnelles de la discipline. Son parcours, aussi riche qu’exceptionnel, se distingue par une curiosité intellectuelle sans limites, une intuition rare pour déceler les talents émergents et une volonté de faire du design un véritable outil de réflexion profonde sur les enjeux de notre société.

A la tête de Creative Agent Consultants, structure qu’elle a fondée et dirige avec brio, elle a créé un véritable laboratoire d’idées consacré au conseil stratégique, à la conception innovante et au développement de projets audacieux dans les domaines du design et de la création. Son activité s’est construite autour d’une forte conviction : rapprocher les créateurs du monde économique, afin que chaque projet porte en lui l’exigence, la pertinence et, surtout, un sens profond.

Très attachée à la transmission, elle a également marqué l’enseignement supérieur en concevant et en animant les Ateliers Design à l’Université Paris-Dauphine, dans le cadre du Master Marketing et Stratégie, faisant bénéficier les étudiants de son expérience et de sa connaissance approfondie des milieux de la création et de l’entreprise.

Par son activité de conseil, son travail éditorial, ses actions de transmission, son engagement de collectionneuse et de mécène, Françoise Darmon s’est imposée comme une grande personnalité influente du paysage français du design. Elle a su faire de ce dernier un langage universel, accessible à tous et porteur de valeurs. Son action a ainsi contribué à élever le design au rang d’outil de transformation sociale, où chaque création contemporaine devient un pont entre l’individu, l’entreprise et le monde.

Au total, Françoise Darmon incarne une conception exigeante, généreuse et profondément humaniste du design : elle en est l’une des âmes les plus lumineuses, dont l’œuvre continue d’inspirer, de fédérer et de transformer.

2. Revue de lecture du livre de Françoise Darmon intitulé « Du sens dans l’utile »

La première édition de cet ouvrage est parue en 1987 aux Editions Le Chêne, tandis que la seconde a été publiée en 2017 aux Editions Skira.

Le livre explore la relation intime entre le monde de l’entreprise, l’industrie et la création à travers le prisme du design.

– Contexte et ambition de l’ouvrage : « Du sens dans l’utile » s’inscrit dans un moment charnière où la société post-industrielle voit émerger de profondes transformations dans les modes de consommation et de production. L’objet utilitaire ne suffit plus, il doit aussi être porteur de sens. Il ne s’agit pas de « produire plus », mais de « produire mieux et moins » en redonnant une véritable identité culturelle et émotionnelle aux objets qui nous entourent.

Longtemps associé à l’esthétique, à la forme et à l’amélioration de l’apparence des produits, le design s’est imposé comme une démarche stratégique capable d’interroger les usages, les besoins et les transformations de la société. Il ne s’agit plus seulement de concevoir des objets ou des services « utiles » mais de questionner ce qui leur donne du sens. Il apparaît comme un moyen de dépasser la seule logique fonctionnelle ou marchande pour construire une relation plus pertinente entre l’entreprise, ses productions et leurs utilisateurs. L’utilité ne peut être réduite à la performance d’un objet : elle implique également une dimension symbolique, sociale, émotionnelle et culturelle. Le designer contribue à révéler ces différentes dimensions et à fournir une cohérence au projet de l’entreprise. Il ne se limite plus à la création de formes : il a dépassé son rôle traditionnel de concepteur pour devenir un acteur de réflexion, capable de faire dialoguer stratégie technique, économie et expérience humaine.

– Le dialogue entre l’entreprise et les créateurs : Françoise Darmon insiste sur la nécessité d’un échange fécond entre ces deux mondes, souvent perçus comme opposés. Leur collaboration permet de dépasser les attentes fonctionnelles pour atteindre une dimension symbolique et émotionnelle. Elle met en lumière la fusion de deux langages et de deux exigences : 1) l’entreprise, avec ses contraintes industrielles, économiques, technologiques et stratégiques ; 2) le designer, capable de penser l’objet autrement, de le poétiser et de lui insuffler du sens. Le design devient ainsi un déplacement du regard.

– Exemples concrets de collaborations

a) JCDecaux / Marc Aurel / Philippe Starck : coopération pour repenser le mobilier urbain, alliant fonctionnalité, modernité, écoconception, accessibilité et esthétique innovante ;

b) Galeries Lafayette / Jean Nouvel / Rem Koolhaas : le groupe Galeries Lafayette inscrit historiquement l’art et la culture au cœur même de son ADN. Dans cet exemple, la collaboration porte sur l’architecture et l’espace commercial. La création de la Fondation Lafayette Anticipations rappelle l’importance de la relation avec les créateurs dans la stratégie et l’identité de l’entreprise. Sa conception architecturale, pensée comme « un théâtre, un forum » où « l’architecture elle-même relève de la performance », combine des expériences avec la création d’une « machine curatoriale », dotée en son centre d’une tour d’exposition en verre et en acier conçue par Rem Koolhaas, « tour pour l’art » ;

c) L’Oréal Luxe/ Viktor & Rolf : création de flacons et d’emballages qui transcendent la simple fonction utilitaire pour devenir des objets de désir et de sens ;

d) Saint-Gobain/les Sismo. La collaboration entre le groupe Saint-Gobain et les designers du studio les Sismo s’appuie sur une conviction commune : le design et l’architecture doivent être au service de l’expérience sensorielle et du confort ;

e) Renault/Ross Lovegrove : design de véhicules et d’accessoires, où la forme et la fonction se réunissent pour créer une identité forte. Ross Levegrove a intuitivement senti la dimension humaine de la marque et partagé ses valeurs. « Il considère la voiture comme une sorte d’extension naturelle de la pensée, comme un outil de communication, au-delà d’un simple moyen de transport » ;

f) Fondation de France/Matali Crasset : le projet « Ecole le Blé en herbe » à Trébédan est également un exemple particulièrement parlant. Les espaces sont conçus autour des besoins des enfants plutôt qu’autour d’une conception traditionnelle d’une salle de classe. Dans ce projet, le design a servi des causes sociales et culturelles, montrant que l’utile peut être aussi porteur de sens collectif.

3. Conclusion

Le design prend tout son sens lorsqu’il parvient à concilier l’utile, le sensible et l’humain. Il ne s’agit plus seulement de créer pour répondre à une fonction, mais de concevoir avec une intention, une réflexion et une véritable compréhension de l’usage. Le design devient alors une manière de donner du sens à ce que nous créons et, plus largement, à la façon dont nous transformons notre environnement. Il s’inscrit dans une démarche holistique qui intègre les dimensions humaines, environnementales, émotionnelles et pratiques.

La vision de Françoise Darmon est très noble et indispensable, particulièrement à une époque où nous devons repenser notre manière de produire et de consommer. En liant l’utile, le sensible et l’humain, Françoise Darmon rappelle que chaque objet créé a un impact direct sur notre psyché et notre écosystème. Elle transforme le designer en un véritable médiateur entre le progrès technique, le respect de la nature et le bien-être humain.

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