Une pente despotique

Jean-Louis Chambon. Primé par le Prix Turgot en 2011 pour ses qualités d’auteur, Hubert Rodarie propose une critique fondamentale et originale des mécanismes du monde financier qui conduit l’économie mondiale vers une pente despotique.

Hubert Rodarie est aussi un économiste et un chef d’entreprise reconnu par ses pairs. Son nouvel essai porte l’empreinte de sa formation de scientifique et de chercheur, et constitue une critique fondamentale de l’organisation moderne des acteurs économiques, à partir notamment d’une explication originale et détaillée des mécanismes de la dette et du monde financier. Un « système » qui conduit l’économie mondiale vers une pente despotique.

L’auteur s’attache à démontrer qu’après la chute du mur de Berlin, les « bons principes » (le marché pour l’allocation de capital, le common law pour les accords internationaux et la démocratie-droit de l’Homme pour l’adhésion des citoyens) n’on pas trouvé le sursaut de développement souhaitable que pouvait laisser espérer cette liberté retrouvée. La crise de 2008 a démontré jusqu’à l’absurde que les travaux de maîtrise des risques sont « comme la ligne Maginot, superbes, perfectionnés, mais contournables à chaque nouvelle crise ».

Pour l’auteur, le monde financier et économique s’est perdu dans la mise en place d’une régulation à vocation universelle, fondée abusivement sur une logique scientifique et une mathématisation extrême des modèles ; le cœur de ces concepts visant à la prévention de l’erreur humaine et proposant une gouvernance universelle, évitant à la fois la critique des systèmes en place et la nécessité d’une prise de décision courageuse du politique.

Le pire : cette évolution, s’appuyant sur des organisations rationalisées et auto-régulées privilégiant l’idée d’automatisme à celle de la raison des comportements humains, a contaminé tout autant la régulation européenne que la gestion des entreprises et l’administration des services publics. « Les concepts actuels de la règlementation véhiculent une vision réductionniste du futur en ce sens qu’ils promeuvent une conception étroite de l’aléa supposant que tout élément est maîtrisable ». Progressivement ont été crées de façon artificielle et inappropriée « des caractéristiques pro-cycliques et des rigidités ».

Ce gouvernement, « par le nombre », de plus en plus absolu et détaillé, pointé dès 1930 par Schumpeter, et conforme au système communiste décrit par Zinoviev, exerce bien une forme de despotisme qui paralyse l’innovation et les énergies. De même, la création permanente de dettes publiques étouffe l’activité économique, entretenant déflation et chômage, et en même temps nourrissant le pessimisme et le ressenti d’impuissance des acteurs.

S’appuyant sur la cybernétique, Hubert Rodarie propose des éléments de réponse pour réinventer « un corps doctrinal conservé intact depuis cinquante ans », construire des fondations répondant à la fois aux exigences « d’une résistance statique et dynamique » des systèmes, en établissant des ponts de « performativité », « l’approche actuelle de la maîtrise des risques permet certes d’envisager la quasi suppression des crises mineures aux conséquences limitées mais conserve une forte probabilité de subir une rupture brutale du système ».

Cette alerte sur les conséquences de la rigidification du système économique s’adresse en priorité aux politiques, cachés derrière une logique d’une utilisation potentiellement infinie de la dette publique mondiale. Une analyse décapante qui brille par son originalité. Immanquable.


La pente despotique de l’économie mondiale, par Hubert Rodarie, Forum Salvator.

Jean-Louis Chambon
Octobre 2015

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