Il y a juste un an, en septembre 2025, le Musée d’histoire Urbaine et Sociale (MUS) de Suresnes (92) clôturait une intéressante exposition « Les biscuits Olibet, une aventure industrielle, de Talence à Suresnes » rappelant l’importance de cette marque de biscuiterie fondée à Talence en 1872. Pour poursuivre son développement Olibet a créé ensuite une fabrique à Suresnes, en région parisienne, quelque temps après une autre fabrique à Tassin-la-Demi-Lune près de Lyon pour s’internationaliser aux alentours de 1895 avec l’implantation en Espagne, à Renteria, au sein du Pays Basque.
1844-1870 : création d’une entreprise familiale artisanale
Jean-Honoré Olibet, artisan boulanger, s’installe dans le quartier de Saint-Pierre à Bordeaux et commence à produire des biscuits secs. Dans un important port de commerce comme Bordeaux ce genre de produit convient parfaitement aux marins et voyageurs car il se conserve longtemps dans les boîtes en metal. Le boulanger Olibet développe également des « biscuits fantaisie » pour les enfants de la bourgeoisie bordelaise. Son succès est assez rapide au point que en 1860 il décide envoyer son fils Eugène au Royaume-Uni où il va étudier les méthodes de production de l’industrie du biscuit, beaucoup plus en avancées qu’en France. De retour à Bordeaux, Eugène Olibet convainc son père de moderniser la production de sa boulangerie et d’importer du Royaume-Uni le four à la chaine (connu comme « four anglais »). La famille Olibet transforme son activité artisanale en production industrielle.
1872-1977 : grand groupe industriel français et implantation en Espagne
Résultat de cette modernisation, Olibet inaugure en 1872 à Talence celle considérée comme la première usine de biscuits industriels en France, avec une production importante, une distribution nationale, une grande variété de recettes et l’apparition d’une véritable marque. Olibet devient un des précurseurs de « l’industrie agroalimentaire de marque » avec une gamme considérable de biscuits divisés selon les types de pâte : pâtes dures, semi-dures, molles… avec des noms très évocateurs pour nombreuses générations françaises : Petit-Beurre, Demi-Lune, Boudoirs, Gaufrettes, Sablé d’Aquitaine, Biscuits de Reims, Galettes bretonnes, Crêpe parisiennes, Pâquerettes…
Afin de desservir les Parisiens et le nord de la France, en 1879 s’impose l’ouverture d’une usine à Suresnes, sur les bords de la Seine. Cette implantation a également un avantage marketing plus nationale que simplement bordelais : Olibet se présente comme « Olibet Paris ». Quelques années plus tard elle ouvrira un dépôt dans la prestigieuse rue de Rivoli.
D’après le Musée d’histoire Urbaine et Sociale (MUS) de Suresnes, cette fabrique suresnoise emploie 400 personnes, dont, 80 % sont des femmes. On y fabrique : Demi-Lune, Petit-Beurre, Prime-Thé… Suresnes est également un exemple d’engagement social assez pionnier pour l’époque : la direction d’Olibet met en place une pouponnière destinée aux enfants d’une grande partie de ces femmes ouvrières,
Pour continuer son développement national, en 1883 l’entreprise inaugure une autre usine près de Lyon, à Tassin-la-Demi-Lune.
Avec un certain sens pour le marketing, Olibet entrevoit rapidement que la marque et son graphisme sont aussi importants que le produit fabriqué. C’est ainsi que l’entreprise engage pour les affiches, cartes postales, images publicitaires artistes connus (A. Matignon, T. Hingre, A.A.Thivet…). En même temps elle sort sur le marché ses belles boîtes en métal décorées et son fameux slogan de communication « première marque française », bien évidemment, dans le domaine de la biscuiterie industrielle française.
Sa notoriété est consacrée par l’obtention en 1889 d’une médaille d’or à l’Exposition Universelle de Paris.
Mais les lois de la concurrence feront que l’entreprise mène une véritable bataille industrielle (et publicitaire) avec son principal rival, Lefèvre-Utile, plus connu comme « LU », qui a dévéloppée une usine à Nantes vers 1880. Le contentieux plus célèbre est le biscuit « Petit-Beurre ». Olibet soutient que le Petit-Beurre était déjà commercialisé par l’entreprise avant 1880 mais après une rude bataille juridique, LU obtiendra gain de cause. Le Petit-Beurre Lu sera un biscuit iconique dans le marché. Actuellement il appartient à Mondelez International.
A partir de 1913, la « Demi-Lune » deviendra son produit emblématique, un biscuit dur, fait avec farine, sucre, œufs, lait, maîzena, beurre et arômes : chocolat, vainille ou citron.
Olibet et l’Espagne, une intéressante histoire industrielle franco-espagnole

Vers 1895 Olibet décide de développer son marché international. L’Espagne est choisie par sa proximité ainsi que par les forts liens culturels et économiques tissés depuis très longtemps entre la région de Bordeaux et l’Espagne (pour mémoire le grand peintre espagnol Francisco de Goya est décédé en exile à Bordeaux). Au sein du Pays basque espagnol, très industriel, le lieu choisi est RENTERIA (actuelle ERRENTERIA), près de la frontière française et du port de Pasajes, où la farine de la Castille arrivait par le train (ligne Valladolid-Renteria), le lait frais était fourni par les fermes basques environnantes et le sucre de canne importé de Cuba arrivait par le port de Pasajes. Renteria était sur un axe ferroviaire important reliant le nord de l’Espagne à la France.
Selon l’historien Olivier Londeix, spécialiste de la marque, cette implantation en Espagne correspond également à un repli stratégique vers le Sud-Ouest de la France après la fermeture de l’usine de Tassin-la-Demi-Lune due en grande partie à la concurrence du biscuitier Pernod à Dijon.
Cette grande usine de 3.500 m2 possédait ses propres voies ferrées que la reliaient directement à la gare, ce qui avait permis une distribution importante dans toute l’Espagne. Selon des historiens espagnols, dans cette fabrique on a installé les premiers fours à chaîne en Espagne.
Il faut noter aussi que Renteria était à 10 Kilomètres de l’élégante ville de Saint-Sébastien, pendant tout le XIXè siècle, lieu de villégiature de la famille royale espagnole. L’entreprise créé au nom de « La Ibérica », mais connue commercialement comme « Galletas Olibet » va fournir la Maison royale et indiquer sur son catalogue, avec les armoiries royales « proveedores de la Real Casa » (fournisseurs de la Maison royale ») argument à l’époque important d’un point de vue marketing.
Nombreux témoignages écrits font état de que la visite à l’usine Olibet de Renteria était devenue quasiment touristique car les espagnols allaient acheter au Kilogramme « ces biscuits cassés » (la « demi-lune ») depuis San Sébastien. Elle employait deux cents personnes en 1914 avec une production de cinq tonnes de biscuits par jour, dont la « Media-luna » mais son produit iconique sera la célèbre « galleta Maria ». Peu à peu les habitants de Renteria ont un surnom : « los galleteros ».
Cependant, Olibet, faute de ne pas avoir bien protégée sa « galleta Maria », se fait voler son nom lors du lancement en 1920 d’une autre « galleta Maria Fontaneda » par un pâtissier espagnol de Burgos, Eugenio Fontaneda.
La crise des années 1930, la guerre civile espagnole (1936-1939) et le protectionnisme franquiste des années 1950 après une existence de 90 ans, oblige à L’entreprise Olibet à fermer ses portes dans les années 1960. La ville de Renteria, devenue « la pequeña Manchester » construit un quartier appelé Olibet sur les anciens terriens de l’usine.
Néanmoins, à Madrid, en avril dernier a réouvert une mythique taverne-restaurant, Los Gabrieles, très connue par ses beaux azulejos, dont un de presque 3 mètres de long (photo) où on voit un personnage qui présente les biscuits Olibet à la reine régente d’Espagne, Marie Christine, mère du roi Alphonse XIII.
En France, après une période de décroissance, Olibet dépose le bilan une première fois en 1977. La marque est reprise par différents propriétaires (Biscuiterie Mylord et le groupe Financière Turenne Lafayette) mais son activité cesse définitivement en 2012.
A partir de 2017 : Olibet devient une marque patrimoniale avec une production de biscuits centrés au tour de la « Demi-Lune » En 2017, date à laquelle est reprise par un descendant de la famille, Aymeric Olibet, sous le nom de Société des Biscuits Olibet. Il s’intéresse à l’histoire familiale, collectionne les anciennes boîtes et affiches de la marque et essaye de faire revivre une marque importante du patrimoine français.
L’actuelle OLIBET, est très différente à l’ancien géant industriel, et fonctionne sans quasiment aucun salarié. Ayant toujours son siège social à Bordeaux, elle fabrique ses produits en association avec la Biscuiterie des Cazes, à Saint-Affrique, dans l’Aveyron, avec une dimension sociale, car cette Biscuiterie emploie des personnes en situation de handicap.

Depuis 2021 la production se concentre sur une gamme assez réduite de biscuits :
- Biscuits Demi-Lune extra vanille
- Biscuits Demi-Lune extra citron
- Biscuits Demi-Lune extra chocolat
L’actuelle société Olibet a un engagement environnemental (WeForest, Team for the Planet…), elle appartient au champ de l’économie sociale et solidaire.
Etant une petite structure, une de ses faiblesses est sa distribution actuelle : assez limitée, elle repose fondamentalement sur des partenaires comme la Maison Taillefer. On peut également acheter ses biscuits au Musée d’Aquitaine et d’autres points de vente de la région bordelaise. A Paris, au Musée d’histoire Urbaine et Sociale (MUS) de Suresnes et à la Grande Epicerie de Paris ainsi qu’à Chambéry, Troyes et Nice.
En conclusion, le véritable actif d’Olibet est son histoire, sa marque et son patrimoine graphique : son capital immatériel de presque 186 ans d’histoire en 2026.
SOURCES :
MUS de Suresnes/ Biscuitsolibet.com/ Olivier Londeix (« Le biscuit et son marché : Olibet, Lu et les autres marques depuis 195 ») / Ladépêche.fr/Wikipédia/ biscuiterie-des-cazes.com/Aymeric Olibet
